
{"id":3910,"date":"2017-06-09T05:54:00","date_gmt":"2017-06-09T05:54:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pierredenan.com\/?p=3910"},"modified":"2025-07-19T07:51:59","modified_gmt":"2025-07-19T07:51:59","slug":"yohan-serfatytexte-2012","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pierredenan.com\/?p=3910","title":{"rendered":"Yohan Serfaty<br>Texte 2012"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/www.fondsyohanserfaty.philanthropy.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"646\" src=\"https:\/\/www.pierredenan.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/yohan_serfaty01-1024x646.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3909\" style=\"width:596px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.pierredenan.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/yohan_serfaty01-1024x646.jpg 1024w, https:\/\/www.pierredenan.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/yohan_serfaty01-300x189.jpg 300w, https:\/\/www.pierredenan.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/yohan_serfaty01-768x484.jpg 768w, https:\/\/www.pierredenan.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/yohan_serfaty01.jpg 1078w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.fondsyohanserfaty.philanthropy.fr\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.fondsyohanserfaty.philanthropy.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><strong>Voir le site du Fonds de dotation Yohan Serfaty<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Der Morgen<\/strong> Sur les cr\u00e9ations de Yohan Serfaty<\/p>\n\n\n\n<p>Une question nietzsch\u00e9enne : qu\u2019est-ce qui est aristocratique ? Une architecture<br>moderniste : le pavillon allemand construit par Ludwig Mies van der Rohe pour l\u2019exposition universelle de Barcelone en 1929. Une \u0153uvre d\u2019art contemporain :&nbsp;Les oiseaux, vid\u00e9o de Laurent Grasso tourn\u00e9e en 2008. Une sc\u00e8ne majeure d\u2019un film de science-fiction :&nbsp;<em>2001 : A Space Odyssey<\/em>, r\u00e9alis\u00e9 par Stanley Kubrick en 1968. Un couturier-designer : Yohan Serfaty, qui signe sa derni\u00e8re collection,&nbsp;<em>Parasomnia<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 la galerie Nikki Diana Marquardt \u00e0 Paris dans le Marais.<\/p>\n\n\n\n<p>Un \u00e9t\u00e9 2012<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019aube se l\u00e8ve. Les primates du film de Kubrick poussent des cris, s\u2019agitent autour du monolithe noir qu\u2019ils viennent de d\u00e9couvrir. Dans une salle du Jeu de Paume les spectateurs regardent, hypnotis\u00e9s,&nbsp;<em>Les oiseaux<\/em>. L\u2019\u0153uvre fait partie d\u2019un ensemble monographique propos\u00e9 par Laurent Grasso pour son exposition&nbsp;<em>Uraniborg<\/em>. \u00c0 Barcelone, sur la colline de Montju\u00efc, au 7 de l\u2019avenue Fran\u00e7esc Ferre i Guardia, l\u00e0 o\u00f9 se trouve la r\u00e9plique du Pavillon de Barcelone \u2014 ex\u00e9cut\u00e9e entre 1983 et 1986, \u00e0 l\u2019emplacement de l\u2019\u0153uvre originale, sous la conduite des architectes Cristian Cirici, Fernando Ramos et Ignasi de Sol\u00e0-Morales \u2014, un visiteur photographie le bronze de Georg Kolbe \u00e9rig\u00e9 dans le petit bassin, sculpture \u00e0 l\u2019effigie de la femme de l\u2019artiste, intitul\u00e9e&nbsp;<em>Der Morgen<\/em>&nbsp;(Le matin, 1925). \u00c0 Paris, Yohan Serfaty, qui vient d\u2019ouvrir un carnet, dessine une botte. Crayon, trait fin, grande pr\u00e9cision dans le d\u00e9tail. Vues de devant, de derri\u00e8re, de profil. Quelques fl\u00e8ches sont flanqu\u00e9es de chiffres : l\u2019\u00e9paisseur de la semelle en bout de pied (1 cm), celle situ\u00e9e au niveau de la cambrure (0,5 cm), la hauteur du talon (3 cm) , celle de la tige (46 cm).&nbsp;<em>All edges are raw<\/em>&nbsp;(toutes les ar\u00eates sont brutes) \u00e9crit-il en t\u00eate de la feuille.<\/p>\n\n\n\n<p>Lignes pures<\/p>\n\n\n\n<p>Silhouettes longilignes, coupes pr\u00e8s du corps. Cols surdimensionn\u00e9s, pantalons seconde- peau, boots ouvertes sur l\u2019arri\u00e8re. Cuirs de cheval, de cerf, de renne, de kangourou, peaux taill\u00e9es \u00e0 vif et coutures apparentes. Textiles nobles et novateurs \u2014 coton craquant, voile de papier tiss\u00e9 \u2014, draps de laine travaill\u00e9s en bords francs, mailles arachn\u00e9ennes et vaporeuses. Longs manteaux au galbe rigide, vestes classiques ajust\u00e9es, pulls tuniques. Noirs profonds, cama\u00efeux de gris, quelques blancs. Les cols, jamais \u00ab rapport\u00e9s \u00bb, ne sont que le prolongement des devants et dos du v\u00eatement. Les manches sont d&#8217;un seul tenant, pour que le mouvement de l&#8217;\u00e9paule ne soit pas g\u00ean\u00e9 par les coutures de dessous de bras et de pointe d&#8217;\u00e9paule.<\/p>\n\n\n\n<p>Trame rigoureuse<\/p>\n\n\n\n<p>Sur un mur du Jeu de paume, des milliers d\u2019\u00e9tourneaux, film\u00e9s dans le ciel cr\u00e9pusculaire de Rome, \u00e0 la verticale du Vatican, se regroupent, tournoient, virevoltent, volent au plus pr\u00e8s les uns des autres, comme une masse unique dot\u00e9e de conscience, chacun synchronisant son vol sur celui de son voisin. Les nu\u00e9es se d\u00e9placent \u00e0 grande vitesse, dessinent des arabesques. \u00c0 quelle loi ces oiseaux ob\u00e9issent-ils ? Pourquoi les primates qui ont touch\u00e9 le monolithe ont-ils soudain l\u2019id\u00e9e d\u2019utiliser des os comme armes, d\u2019abord pour tuer le gibier, puis leurs rivaux ? Yohan Serfaty referme son carnet, compose un SMS. Le cr\u00e9ateur, virtuose de la coupe, poursuit son exploration de la structure du v\u00eatement, peut-on lire sur le Net. Dans la capitale de la Catalogne, l\u2019homme qui a photographi\u00e9 le bronze de Georg Kolbe traverse le salon \u2014 o\u00f9 sont pr\u00e9sent\u00e9s les fauteuils&nbsp;Barcelone, cr\u00e9\u00e9s par Mies van der Rohe pour l\u2019inauguration de l\u2019\u00e9difice \u2014, parcourt le pavillon. Plans perpendiculaires assembl\u00e9s en trois dimensions, poteaux cruciformes, cloisons cadrant les vues ; il pose son regard sur le grand bassin aux galets. Et tandis que je lis, dans la fraicheur relative de mon appartement, la derni\u00e8re strophe du&nbsp;<em>Clair de Lune<\/em>&nbsp;de Paul Verlaine \u2014 Au calme clair de lune triste et beau \/ Qui fait r\u00eaver les oiseaux dans les arbres \/ Et sangloter d\u2019extase les jets d\u2019eau \/ Les grands jets d\u2019eau sveltes parmi les marbres \u2014, les premi\u00e8res notes du troisi\u00e8me mouvement de la&nbsp;<em>Suite Bergamasque<\/em>&nbsp;de Claude Debussy intitul\u00e9, lui aussi,&nbsp;<em>Clair de lune<\/em>, et interpr\u00e9t\u00e9 par Vlado Perlemuter, s\u2019\u00e9l\u00e8vent.<\/p>\n\n\n\n<p>Plan libre, fluidit\u00e9 des espaces<\/p>\n\n\n\n<p>Bonheur de se trouver en compagnie d\u2019\u00eatres humains, \u00e9crit Kafka dans son&nbsp;<em>Journal intime<\/em>, en date du 2 f\u00e9vrier 1922. Exp\u00e9rience unique que de pouvoir circuler parmi les mannequins allong\u00e9s sur les lits m\u00e9talliques blancs dispos\u00e9s dans la galerie Nikki Diana Marquardt, pour la pr\u00e9sentation de&nbsp;<em>Parasomnia<\/em>, la collection homme printemps \u00e9t\u00e9 2013 de Yohan Serfaty. Ils dorment, le haut du visage couvert de masques de nuit poin\u00e7onn\u00e9s. Les spectateurs d\u00e9ambulent, observent au plus pr\u00e8s les v\u00eatements. Textures contrast\u00e9es, vestes articul\u00e9es fermant par des crochets m\u00e9talliques \u2014 le cr\u00e9ateur a pour habitude d\u2019utiliser des \u00e9l\u00e9ments d\u00e9tourn\u00e9s de leur fonction premi\u00e8re, industrielle, ainsi que des machines qui ne sont pas con\u00e7ues, \u00e0 l\u2019origine, pour l\u2019industrie textile \u2014, pantalons \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable, longs cardigans en coton plume. On entend des murmures, des sons \u00e9tranges, comme une soliloquie. Et puis, un \u00e0 un, les mannequins se r\u00e9veillent. Ils se l\u00e8vent et d\u00e9filent, immenses et rac\u00e9s. Serfaty salue un public conquis par le dispositif, point de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Diagonale de transparence<\/p>\n\n\n\n<p>Autre lieu, autre espace. La ligne droite d\u2019un podium, d\u00e9sax\u00e9e par rapport \u00e0 son alignement habituel (en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale perpendiculaire au backstage), poursuit sa course au-del\u00e0 d\u2019une immense baie vitr\u00e9e ouverte sur la ville et plus pr\u00e9cis\u00e9ment sur le quartier de La D\u00e9fense. Un mannequin, v\u00eatu d\u2019un ensemble&nbsp;<em>slim and somber<\/em>, parcourt cette ligne de liaison dynamique, situ\u00e9e en surplomb du parvis, marque un arr\u00eat devant les photographes. D\u2019o\u00f9&nbsp;parle le couturier-designer ? De quel lieu ? Quelle \u00e9chelle \u2014 ou hi\u00e9rarchie \u2014 de valeurs s\u2019exprime \u00e0 travers lui ? Que nous donne-t-il \u00e0&nbsp;porter, sinon \u00e0 voir ? Quels mots pourraient signifier la signature Serfaty ? Rigueur ? Tension ? Monochromie ? \u00c9tirement des lignes ? \u00c9l\u00e9gance souple et martiale ? M\u00e9tamorphose et vagabondage ? Attention toute particuli\u00e8re donn\u00e9e \u00e0 la fonctionnalit\u00e9 du v\u00eatement ? Id\u00e9e de protection ? D\u2019autonomie ? De&nbsp;<em>r\u00e9sistance<\/em>&nbsp;? Ne pas enfermer l\u2019\u0153uvre dans une s\u00e9rie de qualificatifs, aussi justes soient-ils. Ne pas l\u2019isoler du reste du monde, et encore moins de l\u2019histoire des formes. Comme chez Debussy, tout, dans le travail de Yohan Serfaty, est transition. Comme chez Mies van der Rohe,&nbsp;<em>Less is more<\/em>. Comme chez les primates de&nbsp;<em>2001 : A Space Odyssey<\/em>&nbsp;il y a cette capacit\u00e9, toujours, qu\u2019a l\u2019homme \u00e0 s\u2019affranchir de sa condition. Comme chez Laurent Grasso (celui des&nbsp;<em>Oiseaux<\/em>) \u2014 artiste qui aurait pu&nbsp;<em>inventer<\/em>&nbsp;le monolithe \u2014, les mouvements du vivant, d\u00e8s lors qu\u2019ils semblent chor\u00e9graphi\u00e9s, maitris\u00e9s, fascinent et intriguent. Le travail de ce couturier- designer conf\u00e8re aux luttes qui nous animent, aux combats que nous menons mais encore \u00e0 la&nbsp;pr\u00e9sence r\u00e9elle&nbsp;de nos urbaines silhouettes, \u00e0 la simple gestuelle, une \u00e9l\u00e9gance particuli\u00e8re, ample et fragile, douce et puissante. Le v\u00eatement Serfaty, c\u2019est une \u00e9l\u00e9vation. Il se porte avec ce qu\u2019il faut d\u2019<em>instinct de d\u00e9tachement<\/em>&nbsp;pour \u00eatre aristocratique, au sens o\u00f9 Nietzsche l\u2019entend. Les coupes, les mati\u00e8res jouent et rejouent la vibration des corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Encha\u00eenement d\u2019actions qui semblent avoir une certaine signification&nbsp;\u2028&nbsp;<br>et conduire \u00e0 une certaine fin<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es trente, Georg Kolbe, sculpteur figuratif, est proche du Deutscher K\u00fcnstlerbund, la ligue des artistes allemands fond\u00e9e, entre autres, par Mies van der Rohe, dans un acte de r\u00e9sistance aux Nazis. Quand, en 1936, l\u2019association est interdite \u2014 au pr\u00e9texte de promouvoir un art d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 \u2014, Kolbe prend ses distances avec le mouvement et choisit de se mettre au service du nouveau r\u00e9gime. Ludwig Mies van der Rohe quittera l\u2019allemagne en 1937 pour s\u2019exhiler aux USA. Dix ans plus tard, Kolbe d\u00e9c\u00e8de. Selon les scientifiques, le ph\u00e9nom\u00e8ne du <em>Murmure<\/em> (<em>Murmuration<\/em>) \u2014 dont le nom vient du bruissement que font les battements des milliers de paires d\u2019ailes d\u2019\u00e9tourneaux regroup\u00e9s \u2014 a une fonction de survie. Il s\u2019agit de ne pas \u00eatre \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, voire aux marges de l\u2019essaim, ni de compter parmi les premiers \u00e0 atterrir, par crainte des pr\u00e9dateurs. L\u2019Homme Serfaty, grand voyageur urbain, ne craint pas de jouer avec l\u2019espace balis\u00e9 du programme. Il \u00e9coute Underground Resistance,&nbsp;<em>Riot EP<\/em>, 1991 \u2014&nbsp;<em>Riot, Panic, Rage, Assault<\/em>&nbsp;\u2014 tandis qu\u2019un \u00e9cran diffuse en boucle, tel un tableau, l\u2019ellipse la plus connue de l\u2019histoire du cin\u00e9ma : l\u2019os lanc\u00e9 vers le ciel par le primate victorieux et dominateur de&nbsp;<em>2001: A Space Odyssey<\/em>, devient un vaisseau spatial. Les titres des collections de Yohan Serfaty sont :&nbsp;<em>Cantique des cantiques<\/em>&nbsp;(2009),&nbsp;<em>In-carnation<\/em>&nbsp;(2009-2010),&nbsp;<em>Tor-peur<\/em>&nbsp;(2010-2011),&nbsp;<em>Personne<\/em>&nbsp;(2011-2012),&nbsp;<em>Ad vitam<\/em>&nbsp;(2012),&nbsp;<em>Catharsis<\/em>&nbsp;(2012-2013) et&nbsp;<em>Parasomnia<\/em>&nbsp;(2013).<\/p>\n\n\n\n<p>Pierre Denan, 19 ao\u00fbt 2012<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voir le site du Fonds de dotation Yohan Serfaty Der Morgen Sur les cr\u00e9ations de Yohan Serfaty Une question nietzsch\u00e9enne : qu\u2019est-ce qui est aristocratique ? Une architecturemoderniste : le pavillon allemand construit par Ludwig Mies van der Rohe pour l\u2019exposition universelle de Barcelone en 1929. 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