
{"id":508,"date":"2017-08-10T08:12:22","date_gmt":"2017-08-10T08:12:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pierredenan.com\/?p=508"},"modified":"2018-07-04T07:40:11","modified_gmt":"2018-07-04T07:40:11","slug":"voila-une-collection","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pierredenan.com\/?p=508","title":{"rendered":"Voil\u00e0, une Collection <br>Texte 2017-2018"},"content":{"rendered":"<p><em>Voil\u00e0<\/em>, une collection, notes pour le livre \u00e0 venir.<br \/>\nPremier chapitre d&#8217;un texte qui en comptera douze.<br \/>\nWork in progress, 2017-2018<\/p>\n<p>Voil\u00e0, 1538, grammaticalisation de l\u2019imp\u00e9ratif vois l\u00e0.<\/p>\n<p>Marcel Proust dans Jean Santeuil, sur l\u2019\u0153uvre de Claude Monet <em>Bras de Seine pr\u00e8s de Giverny<\/em>, 1897 : \u00ab\u00a0Quand, le soleil per\u00e7ant d\u00e9j\u00e0, la rivi\u00e8re dort encore dans les songes du brouillard, nous ne la voyons pas plus qu\u2019elle ne se voit elle-m\u00eame. Ici c\u2019est d\u00e9j\u00e0 la rivi\u00e8re, mais l\u00e0 la vue est arr\u00eat\u00e9e, on ne voit plus rien que le n\u00e9ant, une brume qui emp\u00eache qu\u2019on ne voie plus loin. \u00c0 cet endroit de la toile, peindre ni ce qu\u2019on voit parce qu\u2019on ne voit plus rien, ni ce qu\u2019on ne voit pas puisqu\u2019on ne doit peindre que ce qu\u2019on voit, mais peindre qu\u2019on ne voit pas, que la d\u00e9faillance de l\u2019\u0153il qui ne peut pas voguer sur le brouillard lui soit inflig\u00e9e sur la toile comme sur la rivi\u00e8re, c\u2019est bien beau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ne travaillez pas, n\u2019aimez pas, ne lisez pas, pensez \u00e0 moi, j\u2019ai trouv\u00e9 le rire nouveau qui donne le laissez-passer. Il n\u2019y a rien \u00e0 comprendre, vis pour ton plaisir, il n\u2019y a rien, rien, rien que la valeur que tu donneras toi-m\u00eame \u00e0 tout. Francis Picabia, <em>J\u00e9sus-Christ Rastaquou\u00e8re<\/em>, 1920.<\/p>\n<p>Y\u2019a des tas de trous dans le d\u00e9sert et y\u2019a des tas de probl\u00e8mes enterr\u00e9s dans ces trous. Nicky (Joe Pesci) \u00e0 Sam (Robert de Niro), Casino, Martin Scorcese, 1995.<\/p>\n<p>Mais, pr\u00e9cis\u00e9ment, l\u2019essence de la litt\u00e9rature, c\u2019est d\u2019\u00e9chapper \u00e0 toute d\u00e9termination essentielle, \u00e0 toute affirmation qui la stabilise ou m\u00eame la r\u00e9alise : elle n\u2019est jamais d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, elle est toujours \u00e0 retrouver ou \u00e0 r\u00e9inventer. Il n\u2019est m\u00eame jamais s\u00fbr que le mot litt\u00e9rature ou le mot art r\u00e9ponde \u00e0 rien de r\u00e9el, rien de possible ou rien d\u2019important. Maurice Blanchot, <em>Le livre \u00e0 venir<\/em>, Gallimard, 1959.<\/p>\n<p>Collection, substantif f\u00e9minin. \u00c9tymol. et Hist. 1. Ca 1300 m\u00e9d. \u00ab amas de pus \u00bb (La Chirurgie de l\u2019abb\u00e9 Poutrel, 18 ro10 cit\u00e9 par \u00d6. S\u00f6derg\u00e5rd ds M\u00e9l. Lecoy (F.) 1973, p. 543); 2. 1371 \u00ab action de cueillir les fruits \u00bb (Oresme, Ethiques, livre VIII, chap. 13, \u00e9d. A. D. Menut, p. 433 : C\u2019est a savoir en autompne; car en cel temps y peuvent il miex vaquier et euls reposer entre la colleccion des fruis pass\u00e9s et le labeur pour les fruis a venir) \u2212 1675, J. H. Widerhold, Nouv. Dict. fr.-all. et all.-fr., B\u00e2le; 3. 1466 \u00ab action de percevoir les imp\u00f4ts \u00bb (Ordonnances, XVI, 530 ds Bartzsch, p. 101) \u2212 av. 1772, D\u2019Alembert ds DG; 4. 1680 \u00ab recueil \u00bb (Rich.); 1755 \u00ab r\u00e9union d\u2019objets d\u2019art \u00bb (Pr\u00e9v.) Empr. au lat. class. collectio \u00ab action de recueillir, de rassembler \u00bb et \u00ab ce qui est recueilli ensemble \u00bb, sp\u00e9c. en lat. imp\u00e9rial, terme de m\u00e9d. (en parlant des humeurs).<\/p>\n<p>Le collectionneur se pla\u00eet \u00e0 susciter un monde non seulement lointain et d\u00e9funt mais en m\u00eame temps meilleur ; un monde o\u00f9 l\u2019homme est aussi peu pourvu \u00e0 vrai dire de ce dont il a besoin que dans le monde r\u00e9el, mais o\u00f9 les choses sont lib\u00e9r\u00e9es de la servitude d\u2019\u00eatre utiles. Walter Benjamin, <em>\u00c9crits fran\u00e7ais<\/em>, \u00ab\u00a0Paris, capitale du XIXe si\u00e8cle\u00a0\u00bb, 1991.<\/p>\n<p><em>En mon commencement est ma fin<\/em>, et il y a fort \u00e0 parier que dans ce qui va suivre je ne fasse que d\u00e9crire quelques boucles autour d\u2019un point insaisissable. Jean-Pierre Criqui, \u00ab Note lacunaire sur Robert Morris et la question de l\u2019\u00e9criture \u00bb in <em>Un Trou dans la vie, essais sur l\u2019art depuis 1960<\/em>, Descl\u00e9e de Brouwer, 2002.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>1<\/p>\n<p>Ouverture<\/p>\n<p>La <em>Piet\u00e0<\/em> d\u2019Eug\u00e8ne Delacroix (1844), dans l\u2019ombre d\u2019une chapelle de l\u2019\u00e9glise Saint-Denys du Saint-Sacrement, rue de Turenne \u00e0 Paris. D\u00e9position de la croix. Ce chef d\u2019\u0153uvre, \u00e9crit Charles Baudelaire travesti en Lady Gaga \u2013 robe viande et perruque platine \u2013, laisse dans l\u2019esprit un sillon de m\u00e9lancolie. Il traverse le parking quasi d\u00e9sert de l\u2019hypermarch\u00e9 d\u2019une zone p\u00e9riurbaine, et se met \u00e0 hurler. La loose. V\u00eatu de steaks. Sous le soleil de midi. Bourdonnement des mouches, odeur f\u00e9tide. Zombie.<\/p>\n<p>Tout acte litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>Existe-t-il d\u2019autres sujets comme celui de <em>Faust<\/em> qui vous attirent et vous pr\u00e9occupent ? J\u2019imagine que vous pourriez, par exemple, reprendre <em>Don Quichotte<\/em>, le r\u00e9\u00e9crire \u00e0 votre mani\u00e8re ?<\/p>\n<p>Non.<\/p>\n<p>En composant la <em>Charteuse<\/em>, pour prendre le ton, je lisais chaque matin deux ou trois pages du code civil, afin d\u2019\u00eatre toujours naturel ; je ne veux pas, par des moyens factices, fasciner l\u2019\u00e2me du lecteur. Henri Beyle, lettre \u00e0 Honor\u00e9 de Balzac, le 30 octobre 1840.<\/p>\n<p>De la publication, des effets et de l\u2019application des lois.<\/p>\n<p>Je vais pour ma part \u00e9crire sans recherche et sans fatigue, comme la chose du monde la plus normale et la plus ais\u00e9e, la langue que j\u2019ai apprise et, dans la plupart des circonstances, parl\u00e9e. Guy Debord dans <em>Pan\u00e9gyrique<\/em>.<\/p>\n<p>Je vais aussi<\/p>\n<p>Rappelle-moi le nom de ce peintre japonais qui, en 1959, se jette du haut d\u2019un immeuble et s\u2019\u00e9crase sur une toile qui sera achet\u00e9e par le Mus\u00e9e d\u2019art moderne de Tokyo, et expos\u00e9e.<\/p>\n<p>te rendre aveugle.<\/p>\n<p>Les murs de la galerie Toselli de Milan d\u00e9cap\u00e9s par Michael Asher \u00e0 l\u2019automne 1973, l\u2019espace du commerce de l\u2019art expos\u00e9 nu, d\u00e9voil\u00e9. La derni\u00e8re tentative, en date, du combat contre la r\u00e9ification est celle de Tino Sehgal. Protocole de vente de ses \u0153uvres par transaction orale, interdiction faite par l\u2019artiste de documenter les situations qu\u2019il cr\u00e9e, d\u2019en faire <em>image<\/em>, d\u2019en diffuser le descriptif. <em>Seeling Out<\/em> est le titre d\u2019une \u0153uvre qui date de 2002. Un homme se d\u00e9shabille d\u00e8s qu\u2019un visiteur s\u2019approche de lui, strip-tease.<\/p>\n<p>Regarde<\/p>\n<p>cette <em>Jeune femme sur son lit de mort<\/em>, tableau peint en 1621 par un artiste anonyme (Pays-Bas ou Allemagne), et conserv\u00e9 au mus\u00e9e des Beaux-arts de Rouen. Morte depuis deux heures, elle a les yeux ouverts. Cette \u0153uvre est unique, \u00e9crit Yve-Alain Bois, en ce qu\u2019elle n\u2019ob\u00e9it pas \u00e0 la convention s\u00e9culaire selon laquelle un cadavre se doit d\u2019\u00eatre repr\u00e9sent\u00e9 les yeux clos, comme si la mort n\u2019\u00e9tait qu\u2019un sommeil sans fin.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-504 size-full\" src=\"http:\/\/www.pierredenan.com\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/V1.jpg\" alt=\"\" width=\"454\" height=\"319\" srcset=\"https:\/\/www.pierredenan.com\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/V1.jpg 454w, https:\/\/www.pierredenan.com\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/V1-300x211.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 454px) 100vw, 454px\" \/><\/p>\n<p>Tu vis donc encore ?<\/p>\n<p>Debout pour l\u2019\u00c9ternit\u00e9, le Christ r\u00e9dempteur de la fresque de Piero della Francesca, p\u00e2le et barbu, le flanc perc\u00e9, \u00e9tendard de crois\u00e9 dans une main, te regarde.<\/p>\n<p>Tiens-toi droit.<\/p>\n<p>Pendant que nous visitions le temple de l\u2019Aurore, \u00e9crit Houellebecq dans <em>Plateforme<\/em>, je notai mentalement de racheter du Viagra dans une pharmacie ouverte.<\/p>\n<p>Rayer les mentions inutiles.<\/p>\n<p><em>Madeleine en extase<\/em> est l\u2019un des trois tableaux que Caravage, condamn\u00e9 \u00e0 mort, emporte avec lui sur le chemin de Rome, de grands chiens blancs \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, plong\u00e9s dans l\u2019ombre noire. Jusqu\u2019\u00e0 la forme pure : Kasimir Malevitch, 1915, son <em>Quadrangle<\/em> accroch\u00e9 en hauteur, dans un angle de la galerie Dobychina \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg, ce \u00ab beau coin \u00bb o\u00f9 les ic\u00f4nes sont expos\u00e9es chez les paysans russes.<\/p>\n<p>Qu\u00eate mystique d\u2019un monde sans objet, multitude infinie des significations. Peuple grouillant de donn\u00e9es, \u00e9cho lointain d\u2019une vague d\u2019\u00e9meutes.<\/p>\n<p>Voyous encagoul\u00e9s \u2013 la terminologie d\u2019usage \u2013, \u00ab les gardes mobiles portent des boots \u00bb. Cette phrase est la premi\u00e8re de <em>Rose Poussi\u00e8re<\/em>, le deuxi\u00e8me livre de Jean-Jacques Schuhl, paru en 1972. Le combat fabrique une zone d\u2019\u00e9change o\u00f9 les ennemis se fondent, \u00e9crit-il. Leur apparition dans les rues provoque le trouble attrait du monde cruel et d\u00e9sindividualis\u00e9 qu\u2019ils (pr\u00e9)<em>figurent<\/em>,<\/p>\n<p>des mecs fouillent les poubelles devant les supermarch\u00e9s.<\/p>\n<p>La ligne de murmure internationale du spectacle r\u00e9alis\u00e9 fait vibrer les \u00e9crans, toutes les infos. Pr\u00e9cisions impeccables, la plaie gratt\u00e9e \u00e0 l\u2019os. Costumes sombres des porteurs de cercueils, la v\u00e9rit\u00e9 ultime des apparences. \u00c7a semble devoir continuer, mais \u00e7a s\u2019arr\u00eate au milieu d\u2019une phrase.<\/p>\n<p>Combien de pages, une vanit\u00e9.<\/p>\n<p>Ainsi ce vaste temple, auquel les Ath\u00e9niens travaill\u00e8rent pendant sept si\u00e8cles, que tous les rois de l\u2019Asie voulurent achever, qu\u2019Adrien, ma\u00eetre du monde, eut seul la gloire de finir ; ce temple a succomb\u00e9 sous l\u2019effort du temps, et la cellule d\u2019un solitaire est demeur\u00e9e debout sur ses d\u00e9bris ! Une mis\u00e9rable loge de pl\u00e2tre est port\u00e9e dans les airs par deux colonnes de marbre, comme si la fortune avait voulu exposer \u00e0 tous les yeux, sur ce magnifique pi\u00e9destal, un monument de ses triomphes et de ses caprices. Fran\u00e7ois-Ren\u00e9 de Chateaubriand, <em>Itin\u00e9raire de Paris \u00e0 J\u00e9rusalem<\/em>, 1811.<\/p>\n<p>Modalit\u00e9s d\u2019existence de l\u2019\u0153uvre, ralentir travaux.<\/p>\n<p><em>Avec le vide les pleins pouvoirs<\/em>, \u00e9crit Albert Camus sur le livre d\u2019or de l\u2019exposition de Yves Klein chez Iris Clert en 1958, intitul\u00e9e \u00ab Le vide \u00bb, trois mille personnes assistent au vernissage. Le saut de l\u2019artiste depuis la fen\u00eatre d\u2019un premier \u00e9tage, douze ans plus tard, \u00e0 l\u2019automne 1960, r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par l\u2019image, et fig\u00e9 pour toujours, plongeon avant tendu, gargouille rue Gentil Bernard \u00e0 Fontenay-aux-Roses, un homme dans l\u2019espace titre une fausse \u00e9dition du Journal du Dimanche r\u00e9alis\u00e9e par Klein.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 quel point vous sentez-vous \u00e9tranger en tous lieux ?<\/p>\n<p>R\u00f4les d\u00e9finis, lisibilit\u00e9 constante de la distribution, apparitions <em>organis\u00e9es<\/em>. Sous un voile d\u2019apparence, un l\u00e9ger contre-jour. Debout \u00e0 la fen\u00eatre d\u2019une petite chambre dans un h\u00f4tel minable, je renifle une culotte.<\/p>\n<p>H\u00e9ros de l\u2019obstination inflexible, j\u2019ouvre le minibar. Caravage signe sa d\u00e9collation de Saint Jean-Baptiste avec le sang du martyr, Gabriel Orozco pousse une boule de plasticine dans les rues de New York (autoportrait de l\u2019artiste en nomade), les dieux et Kafka donnent des coups de hache dans la mer gel\u00e9e, Robert Musil cherche une caf\u00e9t\u00e9ria ou une station-service avec des toilettes.<\/p>\n<p>Un assemblage h\u00e9t\u00e9roclite de genres.<\/p>\n<p>Hier j\u2019ai pr\u00e9par\u00e9 le transport \u00e0 Paris des quelques centaines de livres qui se trouvent ici, dit Walter Benjamin \u00e0 Gretel Adorno, dans une lettre \u00e9crite chez Bertold Brecht \u00e0 Svendborg au Danemark, en octobre 1938. Mais \u00e0 pr\u00e9sent j\u2019ai de plus en plus le sentiment que cette destination devra n\u2019\u00eatre, pour eux comme pour moi, qu\u2019un lieu de transit.<\/p>\n<p>Ce qui hante le contemporain.<\/p>\n<p>Oui Jacqueline, tu as raison de t\u2019allonger si tu le sens, \u00e9crit Houellebecq dans <em>Les particules<\/em>. Il feuillette un num\u00e9ro d\u2019In Touch avec Kim Kardashian en couverture, et une photo de Kanye West en compagnie de Riccardo Tisci. HE\u2019S GAY, titre le magazine qui affirme que Kanye, l\u2019ami de l\u2019h\u00e9ro\u00efne de l\u2019\u00e9mission de t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9 <em>Keeping Up with the Kardashians<\/em>, entretient une relation homosexuelle avec le directeur artistique de Givenchy.<\/p>\n<p>Marqueurs visuels, chronologie des \u00e9v\u00e9nements. Tous les arts vivent de parole, \u00e9crit Paul Val\u00e9ry, toute \u0153uvre exige qu\u2019on lui r\u00e9ponde.<\/p>\n<p>P\u00e9rim\u00e8tre s\u00e9curis\u00e9.<\/p>\n<p>Tu ne te feras pas d\u2019image taill\u00e9e commande la Bible, ni aucune figure de ce qui est haut dans le ciel ou de ce qui est en bas sur la terre. Tableau perdu de Caravage, question de l\u2019original, jamais tranch\u00e9e par les experts.<\/p>\n<p>Et maintenant ?<\/p>\n<p>Tu termines le serrage avec les vis qui prennent appui sur la rondelle de protection du joint. Vas-y doucement. C\u2019est \u00e7a.<\/p>\n<p>Professionnel le plombier.<\/p>\n<p>Tu sais Michel, dit une jeune critique \u00e0 un mec qui semble d\u00e9river, les yeux clos, comme retourn\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de lui-m\u00eame, tu pourrais t\u2019installer chez moi. Ou bien si tu pr\u00e9f\u00e8res, on peut louer un appartement \u00e0 deux.<\/p>\n<p>D\u00e9finir un syst\u00e8me narratif.<\/p>\n<p>Les treize insectes qui illustrent la pochette de l\u2019album <em>Barret<\/em>, 1970, sont dessin\u00e9s par l\u2019auteur de <em>Maisie<\/em>. Il s\u2019extrait de la baignoire et attrape sa Fender. Blues d\u00e9fonc\u00e9, voix d\u2019outre-tombe. <em>Bad luck, bride of a bull<\/em>. Psych\u00e9d\u00e9lique barr\u00e9, <em>all the world a stage<\/em>.<\/p>\n<p>Exp\u00e9rience indicible et po\u00e9tique.<\/p>\n<p>Chaque jour qui passe,<br \/>\nsur fond d\u2019Histoire.<br \/>\nApr\u00e8s quelques secondes de silence,<br \/>\nla vie future.<br \/>\nDu devenir,<br \/>\nc\u2019est arriv\u00e9.<br \/>\nDu m\u00eame auteur,<br \/>\nmerci beaucoup.<\/p>\n<p>Para\u00eet \u00e9galement, chez Gallimard, un remarquable essai.<\/p>\n<p>La vision nouvelle est un d\u00e9m\u00e9nagement, un changement de domicile, \u00e9crit Gabrielle Buffet en 1920, dans son introduction au texte de Francis Picabia <em>J\u00e9sus-Christ Rastaquou\u00e8re<\/em>. Les explications qu\u2019on a confortablement, sans se d\u00e9ranger, sont : robinet d\u2019eau chaude, robinet d\u2019eau froide, dans une salle de bains.<\/p>\n<p>Eh les enfants, le xxe si\u00e8cle c\u2019est termin\u00e9 ! Rythme fluide d\u2019un sablier monumental, catalogues raisonn\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans les mythologies grecque et romaine le destin est une divinit\u00e9 aveugle, inexorable, issue de la nuit et du chaos. Le mot Allemand \u00ab sein \u00bb (\u00eatre) \u00e9crit Kafka, signifie \u00e0 la fois existence (Dasein) et le fait de lui appartenir.<\/p>\n<p>Multiplicit\u00e9 de traces aussit\u00f4t recouvertes, venez boire \u00e0 la coupe de la destruction.<\/p>\n<p>O R\u00e9volutions<br \/>\nSamsara ! Samarra !<br \/>\nL\u00e9gende !<br \/>\nJe peux tout<br \/>\nquitter.<br \/>\nTout le monde aime<br \/>\nle R\u00eave, moi je le tue,<br \/>\n\u00e9crit Danielewski.<\/p>\n<p>Rythmes sauvages,<br \/>\nmoments sur-signifiants.<br \/>\nPunchlines brillantes,<br \/>\nles meilleures ventes.<\/p>\n<p>Parole fix\u00e9e de la logique du r\u00e9cit, qui commande et jamais ne doute. Loi de la forme ? Vaincre le hasard <em>mot \u00e0 mot<\/em> (Mallarm\u00e9). Accumulation infinie d\u2019intervalles \u00e9quivalents, lanc\u00e9 en ce jour vide.<\/p>\n<p>Apportez-moi de quoi \u00e9crire. Vite !<br \/>\nUn t\u00eate-\u00e0-t\u00eate avec les phrases.<br \/>\nDes vertus explosives.<br \/>\nLe son d\u2019une voix : WAKE UP! WAKE UP!<\/p>\n<p>Mes nouvelles lunettes Dior, toute la force de vivre. Lutte intime contre la l\u00e2chet\u00e9, rage exp\u00e9rimentale et d\u00e9constructrice, pure d\u00e9termination de l\u2019\u0153uvre. Combat contre le d\u00e9sordre, le laisser aller, le chaos, le manque de discipline. R\u00e9appropriation des muscles internes et externes du sphincter, contractions vers le haut, stimulation du syst\u00e8me nerveux et \u00e9nerg\u00e9tique. Une exp\u00e9rience accessible \u00e0 chacun, une conviction qui na\u00eet et meurt dans l\u2019exp\u00e9rience elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Dans ce chapitre, je me mets en \u00e9veil.<\/p>\n<p><em>Like a dancer, not a lover<\/em> (with Sonic Youth, Kool Thing).<\/p>\n<p>Je suis Dieu, je suis le Christ, je suis l\u2019\u0153il de Dieu, je suis le Bouddha, je suis Dieu en l\u2019homme, je suis la politique du Christ, \u00e9crivait Nijinski. Corps cass\u00e9, sans rep\u00e8res, dans un mouvement unique, sans th\u00e8mes ni accents marquant le tempo, il danse, et Dieu est dans sa bite. Moi aussi je suis \u00e9crivain, dit-il \u00e0 Jan Reszke. La premi\u00e8re trace, l\u2019instant z\u00e9ro. Conjurer le d\u00e9sordre, se corriger sans cesse. L\u2019homme s\u2019ex\u00e9cute, poss\u00e9d\u00e9 par ses r\u00f4les, jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re page, les derniers mots : \u00ab je me suis \u00bb. Prose r\u00e9p\u00e9titive, obsessionnelle, violente des <em>Cahiers<\/em> \u00e9crits \u00e0 l\u2019hiver 1918 et c\u2019est en mars 1919 \u2013 il est \u00e2g\u00e9 de vingt-neuf ans \u2013 que Nijinsky, qui meurt quand il n\u2019est pas aim\u00e9, je le cite, est intern\u00e9.<\/p>\n<p>Ok les mecs, c\u2019est l\u2019heure des m\u00e9dicaments.<\/p>\n<p>\u00c0 cette minute.<br \/>\nPlong\u00e9 dans une noirceur violente,<br \/>\nje joue avec le zip<br \/>\nde ma combinaison orange.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre \u00e0 cela pourrait-on ajouter quelques ratures.<\/p>\n<p>Dans cette nouvelle aux puissants effets, marqu\u00e9e par le d\u00e9sordre extr\u00eame des sentiments, les personnages, emport\u00e9s par leurs passions, se livrent aux pires exc\u00e8s. Analysez les proc\u00e9d\u00e9s qui permettent \u00e0 l\u2019auteur. Recensez les moyens stylistiques et syntaxiques dont il dispose, \u00e0 pr\u00e9sent il fait nuit. Je fais jaillir une absolue s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 dans le chaos innommable, Hugues Reip allume un puissant projecteur. Les ombres des silhouettes de <em>White Spirit (Black Soul)<\/em>, \u00e9voquant des personnages de cartoon, fix\u00e9es sur trois carrousels, d\u00e9filent sur des \u00e9crans tendus dans les jardins du Luxembourg. Esprits nocturnes, parade fantomatique et ininterrompue, un voyage fantastique.<\/p>\n<p><em>Do you feel burdened by that obligation to entertain?<\/em><\/p>\n<p>Luke, le h\u00e9ros de <em>The Cameraman<\/em>, le film de Buster Keaton et Edward Sedgwick sorti en 1928, appara\u00eet soudain. Il capte des plans destin\u00e9s au service <em>Nouvelles<\/em> de la MGM, dont la devise est <em>Ars gratia artis<\/em> (l\u2019art pour l\u2019art).<\/p>\n<p>Il te reste de la pellicule ?<\/p>\n<p>N\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rieuse du mouvement, le besoin d\u2019\u00e9tablir des colonies \u00e0 travers tout le syst\u00e8me solaire, l\u2019enfer lui-m\u00eame souffle la contagion du monde.<\/p>\n<p>C\u2019est qui devant l\u2019h\u00f4tel Meurice ?<\/p>\n<p>Vertige obsc\u00e8ne des apparences et du pouvoir, les gyrophares \u00e9clairent par flashes toute la sc\u00e9nographie. Je sens mon Samsung Galaxy vibrer dans la poche int\u00e9rieure de ma veste, il va falloir serrer les l\u00e8vres. Passer en mode furtif. Souder les mitrailleuses sur les pick-up. Ils les vendent combien, \u00e0 Saint-Denis, les AK-47 ?<\/p>\n<p>Jeter son corps dans la lutte.<\/p>\n<p>Ce slogan des Black Panthers est repris par Pier Paolo Pasolini dans <em>Poeta delle Ceneri<\/em> (Po\u00e8te des cendres) \u2013 traduit en fran\u00e7ais par <em>Qui je suis<\/em> \u2013, un manuscrit inachev\u00e9. N\u00e9 en 1922 dans le Frioul, mort assassin\u00e9 sur une plage d\u2019Ostie, en 1975. A toujours v\u00e9cu avec sa m\u00e8re. Jouait au football au poste d\u2019avant-centre. Fan de l\u2019\u00e9quipe de Bologne. Le petit match, \u00e9crit-il, dans le coeur de la banlieue, au milieu des lotissements qui, en dehors du soleil et de quelques figures de soeur, de m\u00e8re, en pull des jours de travail, n\u2019ont rien \u00e0 offrir au nouveau printemps.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-505 size-full\" src=\"http:\/\/www.pierredenan.com\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/V2.jpg\" alt=\"\" width=\"456\" height=\"356\" srcset=\"https:\/\/www.pierredenan.com\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/V2.jpg 456w, https:\/\/www.pierredenan.com\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/V2-300x234.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 456px) 100vw, 456px\" \/><br \/>\nAnticipation, contr\u00f4le de balle.<br \/>\nAction offensive,<br \/>\n\u00e9largir le jeu.<br \/>\nRepiquer dans l\u2019axe.<\/p>\n<p>Bonheur de se trouver en compagnie d\u2019\u00eatres humains, \u00e9crit Kafka dans son <em>Journal<\/em>, je vais m\u2019augmenter de ta pr\u00e9sence. Je m\u2019efforcerai de d\u00e9crire avec pr\u00e9cision l\u2019exp\u00e9rience que nous pouvons faire de ce d\u00e9bordement.<\/p>\n<p>Pour en jouir davantage.<\/p>\n<p>Ce je, on l\u2019a compris, avance tour \u00e0 tour par d\u00e9placements subtils qui trompent l\u2019\u0153il \u00e9tonn\u00e9, par feintes de corps mais aussi dribbles fous d\u2019attaquant au pressing.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les circonstances que je viens de rappeler.<\/p>\n<p>Bar \u00e0 la vapeur avec gingembre et coriandre, l\u2019aura sulfureuse de l\u2019\u00e9crivain mondain coca\u00efnomane dispara\u00eet derri\u00e8re le chariot des meilleurs champagnes.<\/p>\n<p>Quelqu\u2019un peut me dire ce qui se passe ici ?<\/p>\n<p>Les d\u00e9tails v\u00e9ridiques et les faits invent\u00e9s s\u2019\u00e9tayent les uns les autres dans un tissu serr\u00e9, qui veut nous faire accroire qu\u2019il a valeur de biographie. S\u2019op\u00e8re un entrecroisement ind\u00e9cidable entre les deux modes de conditionnement filmique (actualit\u00e9\/fiction) et les deux cat\u00e9gories de faits (emprunt\u00e9s\/invent\u00e9s). Dominique Ch\u00e2teau, sur <em>Citizen Kane<\/em>.<\/p>\n<p>Plus vous regardez la m\u00eame chose.<\/p>\n<p>Guerres locales, tentatives de r\u00e9ponses radicales, aust\u00e9rit\u00e9, r\u00e9formes de structure. Tapis de pri\u00e8re, experts certifi\u00e9s, attaques mordantes. Bombes barils, panoplie d\u2019armes sales. Drones furtifs, fosses communes. Bibliographie, exploits r\u00e9els promis \u00e0 la m\u00e9moire. Programmes s\u00e9rieux et cr\u00e9dibles, m\u00e9canismes de domination \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Terres us\u00e9es, sacrifi\u00e9es, sanctifi\u00e9es. Par nos efforts, contr\u00f4le social. Pr\u00e9dation, entropie, cryptages, syst\u00e8mes logiques. Mythologie de la France, je vous en prie. Les h\u00e9ros des derni\u00e8res sorties litt\u00e9raires en proie aux tourments existentiels, un psychopathe enfonce des clous dans la t\u00eate d\u2019une octog\u00e9naire. Tout acte de terreur, l\u2019ombre d\u2019un doute, ennui mortel.<\/p>\n<p>Sinistres ces exhumations, les photos exclusives.<\/p>\n<p>Affects us\u00e9s de l\u2019indignation, des protocoles autoritaires. Fonds indiciel, \u00e9tat civil. Note d\u00e9grad\u00e9e, manuel de survie en zone difficile. Junk food en cours de digestion, r\u00e9seaux de significations multiples. Applaudissons la lune montante, le vent l\u00e9ger qui souffle sur la phrase. Quel serait le syst\u00e8me symbolique d\u2019un Joseph Beuys dans l\u2019Europe d\u2019aujourd\u2019hui ?<\/p>\n<p>L\u2019\u00e2me du coyote, des sas de confinement.<\/p>\n<p>Bandes frontali\u00e8res, barri\u00e8res de s\u00e9paration. Cl\u00f4tures intelligentes et d\u00e9tecteurs \u00e9lectroniques. Syst\u00e8me de protection multicouches et trac\u00e9s parall\u00e8les. Panneaux de b\u00e9ton de neuf m\u00e8tres de haut, cam\u00e9ras de vid\u00e9osurveillance. Zones militaires, points de contr\u00f4le. Odeur de poudre, machine de guerre mondiale. Un \u00e9ternel agenouillement, pour s\u2019achever en solitude.<\/p>\n<p>Pourquoi t\u2019essayes pas d\u2019\u00e9crire du porno ? dit Hank \u00e0 l\u2019exterminateur.<\/p>\n<p>Rosebud acier chirurgical, set trois plugs silicone, boules de Geisha Black Velvet. Brunette toute nue devant le livreur de pizza, sa moule d\u2019asiat bonne \u00e0 fourrer. J\u2019esp\u00e8re que cela ne vous choque pas, dit-elle de sa voix un peu rauque. G\u00e9om\u00e9trie obsessionnelle, capter quelque chose du vivant. Une abondante flore bact\u00e9rienne, la phase du cycle menstruel.<\/p>\n<p>D\u00e9tendons-nous.<\/p>\n<p>Une s\u00e9quence \u00e0 \u00e9cran noir du film de Guy Debord <em>Hurlements en faveur de Sade<\/em>, un piano peint de Bertrand Lavier. Le syndrome de Stendhal, une perc\u00e9e architecturale de Gordon Matta-Clark. Des statues de vendeurs de kebab, le retour du plombier. Tu prends la mesure de la coupe, tu positionnes le tuyau dans le coupe-tube, tu alignes la molette sur ton trait de rep\u00e8re.<\/p>\n<p>Maintenant tu serres la vis.<\/p>\n<p>Ce sentiment, toujours, d\u2019\u00eatre fix\u00e9, \u00e9crit Artaud, localis\u00e9 autour d\u2019un point d\u2019absence, d\u2019inanit\u00e9, toujours le m\u00eame. L\u2019auteur se situe dans une ligne romantique anti-moderne, variations sur le th\u00e8me de la tentation : les cendres de Sid Vicious oubli\u00e9es par sa m\u00e8re dans les toilettes d\u2019un bar, \u00e0 New York, l\u2019urne pos\u00e9e sur le rebord du lavabo. Les minutes du Proc\u00e8s conte l\u2019Occident, un sorcier vaudou et une poup\u00e9e cribl\u00e9e d\u2019\u00e9pingles, le Ma\u00eetre des Portes, des querelles d\u2019h\u00e9ritage, une chasse \u00e0 l\u2019homme. Film vid\u00e9o de cinquante-deux minutes, de rares dialogues. Pisteurs v\u00eatus de combinaisons latex, l\u00e9zards s\u00e9ch\u00e9s en pendentifs. Techniques d\u2019approche, relev\u00e9s d\u2019empreintes. Le spectateur ne voit jamais la cible.<\/p>\n<p>Et va, les yeux ferm\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00c0 examiner : le ph\u00e9nom\u00e8ne du Murmure (<em>Murmuration<\/em>), dont le nom vient du bruissement que font les battements des milliers de paires d\u2019ailes d\u2019\u00e9tourneaux regroup\u00e9s. Fonction de survie. Il s\u2019agit de ne pas \u00eatre \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, voire aux marges de l\u2019essaim, ni de compter parmi les premiers \u00e0 atterrir, par crainte des pr\u00e9dateurs.<\/p>\n<p>La prudence du serpent, le mythe individuel du n\u00e9vros\u00e9.<\/p>\n<p>Halo d\u2019\u00e9v\u00e9nements sensibles qui ne sont pas d\u00e9termin\u00e9s par leur possibilit\u00e9 mais porteurs, chacun, d\u2019une possibilit\u00e9 d\u2019histoire (Jacques Ranci\u00e8re, <em>Les M\u00e9tamorphoses de la Fiction<\/em>).<\/p>\n<p>Marche \u00e0 pied sur des jambes qui tremblent.<\/p>\n<p>Le num\u00e9ro 1 de la revue <em>Tel Quel<\/em> (mars 1960) s\u2019ouvre sur cette citation de Friedrich Nietzsche : Je veux le monde et le veux TEL QUEL, et le veux encore, le veux \u00e9ternellement, et je crie insatiablement : bis ! et non seulement pour moi seul, mais pour toute la pi\u00e8ce et pour tout le spectacle ; et non pour tout le spectacle seul, mais au fond pour moi, parce que le spectacle m\u2019est n\u00e9cessaire \u2013 parce que je lui suis n\u00e9cessaire \u2013 et parce que je le rends n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>Dans un corps agit\u00e9.<\/p>\n<p>D\u2019abord il lit quelques lignes \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019allumette puis, comme la t\u00eate lui br\u00fble l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 des doigts, il applique la flamme \u00e0 la page. Une fin unique : l\u2019acte final de lire et l\u2019acte final de consumer.<\/p>\n<p>Pour ce dernier paragraphe, et le suivant : Mark Z. Danielewski, <em>La Maison des feuilles<\/em>.<\/p>\n<p>Et tandis que le feu d\u00e9vore rapidement le papier, les yeux de Navidson balaient fi\u00e9vreusement le texte avec juste un temps d\u2019avance sur la n\u00e9cessaire immolation, jusqu\u2019\u00e0 ce que, alors qu\u2019il arrive au tout dernier mot, les flammes l\u00e8chent ses mains, la cendre se disperse dans le vide autour de lui, et alors que la flamme recule et faiblit, sa lumi\u00e8re soudain \u00e9puis\u00e9e, le livre dispara\u00eet, ne laissant derri\u00e8re lui que des traces invisibles d\u00e9j\u00e0 d\u00e9mantel\u00e9es par l\u2019obscurit\u00e9.<\/p>\n<p>Totaliser l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une \u00e9poque.<\/p>\n<p>La pr\u00e9sente \u00e9dition du classique <em>Trait\u00e9 de Plomberie<\/em> d\u2019Henri Charlent a \u00e9t\u00e9 r\u00e9vis\u00e9e et mise au point avec la collaboration du secr\u00e9tariat de l\u2019Union Nationale des Chambres Syndicales de Couverture et de Plomberie de France.<\/p>\n<p>Pour toute partie de l\u2019ensemble.<\/p>\n<p>Le chiffre de C\u00e9sar, n\u2019importe quelle s\u00e9quence hi\u00e9roglyphique. Une orchid\u00e9e blanche et une plaque de marbre sur laquelle sont grav\u00e9s les conseils du jardinier. Un livre sur les alphabets antiques, les pizzini de Provenzano.<\/p>\n<p>Quatre jours pour faire vingt kilom\u00e8tres.<\/p>\n<p>Pratiques narratives minoritaires (Oh regarde ! Je suis en train de p\u00e9n\u00e9trer le mus\u00e9e avec une grosse bite noire !), mode de compr\u00e9hension qu\u2019autorise la litt\u00e9rature. <em>D\u00e9focaliser<\/em> (le manifeste de Lars von Trier), l\u2019ennemi c\u2019est l\u2019histoire. Rupture du syst\u00e8me hi\u00e9rarchique de la fiction, <em>j\u2019aime tous les hommes qui plongent<\/em> (Herman Melville). Les images ne peuvent faire l\u2019objet d\u2019aucune retouche ni d\u2019aucun recadrage, la pluie battait les vitres.<\/p>\n<p>Les bruits d\u2019un chantier voisin.<\/p>\n<p>9 Avertissement,<br \/>\n23 L\u2019\u0153uvre d\u2019une vie,<br \/>\n243 La litt\u00e9rature et la beaut\u00e9 du monde,<br \/>\n247 La po\u00e9sie et l\u2019existence,<br \/>\n865 Les temps du po\u00e8me,<br \/>\n1007 Les arts et la beaut\u00e9 du monde,<br \/>\n1011 Regarder,<br \/>\n1143 \u00c9couter,<br \/>\n1273 Le temps de l\u2019\u00e9coute,<br \/>\n1285 Le texte et l\u2019interpr\u00e8te, conclusion,<br \/>\n1299 Postface.<\/p>\n<p>D\u00e9p\u00f4t l\u00e9gal.<\/p>\n<p>Les d\u00e9couvertes de la po\u00e9sie moderne sur la structure analogique de l\u2019image d\u00e9montrent qu\u2019entre deux \u00e9l\u00e9ments, d\u2019origines aussi \u00e9trang\u00e8res qu\u2019il est possible, un rapport s\u2019\u00e9tablit toujours. Guy-Ernest Debord et Gil J. Wolman,<em> Mode d\u2019emploi du d\u00e9tournement<\/em>, paru dans la revue \u00ab Les l\u00e8vres nues \u00bb, 1956.<\/p>\n<p>Pri\u00e8re d\u2019ins\u00e9rer.<\/p>\n<p>La carte du Temple mortuaire du pharaon Sahour\u00ea \u00e0 Abousir en Haute \u00c9gypte (2500 avant J.-C.), sur laquelle figure le trac\u00e9 du r\u00e9seau de tuyauteries d\u2019\u00e9vacuation en cuivre d\u00e9couvert par l\u2019arch\u00e9ologue Ludwig Borchardt, lors de fouilles r\u00e9alis\u00e9es de 1902 \u00e0 1908. Un fragment de canalisation, engrav\u00e9 dans la pierre, conserv\u00e9 au Mus\u00e9e \u00e9gyptien et collection de papyrus de Berlin.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-506 size-full\" src=\"http:\/\/www.pierredenan.com\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/V3.jpg\" alt=\"\" width=\"454\" height=\"247\" srcset=\"https:\/\/www.pierredenan.com\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/V3.jpg 454w, https:\/\/www.pierredenan.com\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/V3-300x163.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 454px) 100vw, 454px\" \/><\/p>\n<p>Toute nouvelle acquisition<\/p>\n<p>Ossements humains r\u00e9duits en poudre, \u00e9chantillon de r\u00e9golithe lunaire, portion d\u2019asphalte portant des marques de freinage, terre crue provenant de Maryon Park, dans le quartier de Charlton \u00e0 Londres. C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 Thomas \u2013 David Hemmings pour le <em>Blow Up<\/em> de Michelangelo Antonioni \u2013 lance une balle imaginaire, sortie d\u2019un cours de tennis, \u00e0 des joueurs qui simulent une partie. Un film vid\u00e9o et une s\u00e9rie de photographies couleur documentent le pr\u00e9l\u00e8vement.<\/p>\n<p>d\u00e9compose<\/p>\n<p>De l\u2019hyper corps dress\u00e9 de Ziggy Stardust \u00e0 celui, malade, de l\u2019homme allong\u00e9 sur un lit d\u2019h\u00f4pital, les yeux band\u00e9s, que l\u2019on d\u00e9couvre dans le clip Lazarus, en 2015, toute une s\u00e9rie de r\u00e9inventions. De soi, et de son art. <em>Who can I be now?<\/em> Le m\u00eame. C\u2019est une vie qui s\u2019\u00e9crit, et qui s\u2019ach\u00e8ve dans le silence assourdissant d\u2019explosions kamikazes. Sc\u00e8nes tragiques de corps morcel\u00e9s, d\u00e9chiquet\u00e9s d\u2019hommes et de femmes qui accomplissent le sacrifice ultime, et de leurs victimes. Chaque jour, les preuves sanglantes que Dieu existe, je veux voir les visages. Mourir pour la cause, de grands soleils dor\u00e9s. D\u00e9fonce-toi dans une r\u00eaverie d\u2019\u00e2ge lunaire, beaut\u00e9 instantan\u00e9e. Il y a le faisceau de la lampe torche de Margaret Mary Jones, ouvreuse de cin\u00e9ma. Il y a <em>\u2026explosante-fixe\u2026<\/em>, l\u2019\u0153uvre de Pierre Boulez con\u00e7ue en 1971 \u00ab afin d\u2019\u00e9voquer Stravinski \u00bb, compositeur qui compte parmi les toutes premi\u00e8res influences de Major Tom, avec Little Richard. Il y a <em>Roquairol<\/em>, le tableau d\u2019Erich Heckel (1917), que poss\u00e9dait David Bowie.<\/p>\n<p>et recompose<\/p>\n<p>Je regrette de ne pouvoir publier vos po\u00e8mes dans <em>La Nouvelle Revue Fran\u00e7aise<\/em>, \u00e9crit Jacques Rivi\u00e8re \u00e0 Antonin Artaud, dans une lettre dat\u00e9e du 1er mai 1923. Mais j\u2019y ai pris assez d\u2019int\u00e9r\u00eat pour d\u00e9sirer faire la connaissance de leur auteur. S\u2019il vous \u00e9tait possible de passer \u00e0 la revue un vendredi, entre quatre et six heures, je serais heureux de vous voir.<\/p>\n<p>la collection.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>fin de la premi\u00e8re partie<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voil\u00e0, une collection, notes pour le livre \u00e0 venir. Premier chapitre d&#8217;un texte qui en comptera douze. Work in progress, 2017-2018 Voil\u00e0, 1538, grammaticalisation de l\u2019imp\u00e9ratif vois l\u00e0. Marcel Proust dans Jean Santeuil, sur l\u2019\u0153uvre de Claude Monet Bras de Seine pr\u00e8s de Giverny, 1897 : \u00ab\u00a0Quand, le soleil per\u00e7ant d\u00e9j\u00e0, la rivi\u00e8re dort encore [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1177,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[24,15],"tags":[],"class_list":["post-508","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-texts","category-work"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pierredenan.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/508","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pierredenan.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pierredenan.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pierredenan.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pierredenan.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=508"}],"version-history":[{"count":17,"href":"https:\/\/www.pierredenan.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/508\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1157,"href":"https:\/\/www.pierredenan.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/508\/revisions\/1157"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pierredenan.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1177"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pierredenan.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=508"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pierredenan.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=508"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pierredenan.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=508"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}