L’éternité avec des chips
Textes 2021

Prose poétique, work in progress.
Certains de ces textes ont été publiés dans la revue Cockpit (voir cette page).
Il feront l’objet d’un futur recueil.


QUANT AUX MOTS SUPPOSEZ

Covid-19 à la Santé, je mate BFM chez Mallarmé. Pulsions brutales, obscénités hyperboliques. Mangeurs d’étoiles réanimés, draps aux barreaux qui sèchent. Un mec qui taille un silex, jamais sorti de la grotte Chauvet. Pizzas livrées dans des cartons, désinfectés. Lumière blanche et sur le présent, surexposé. Tension hyperréelle, flagellations d’orties. John Galliano en tongs avec ses chiens et qui se dit tiens, je vais faire un masque chirurgical en fausse fourrure pour Maison Margiela. Blanc. Il écrit des poèmes sur les ordonnances délivrées par son médecin traitant, médicaments les vers mêlés. L’avis de l’expert, au cœur de l’événement. Guerriers sous Lexomil, révolutions célestes. Rétrécissement de l’espace, des délires de mythos. Les œuvres de Satan, Botticelli dans un taxi. Regarde vaguement Paris, par la vitre baissée. Il lève les yeux sur un nuage, gorgé de sang. Mouvement ascensionnel de la composition, crise du logement au purgatoire. Les âges futurs et l’exposé des faits. Vaccin expérimental ciblant le SARS-CoV-2, dernière version du protocole. Actes énonciatifs, attestation de déplacement. Dérogatoire. Un semi-remorque à plateforme avec des putes dessus, Saint Augustin avec un plug dans le cul. Tenu en laisse par une drag-queen. Des raviolis farcis à la viande de poussin, et l’élan vers la chute. Épuisement de soi, la fiction collective. Des Kleenex usagés, des ordures psychopathes. Désert sans fin, quel Dieu sers-tu ? Duels épiques de l’Iliade, une séance de bondage. Les militants de la pulsion de mort s’agitent, pathologique. Un consortium allemand qui achète l’Acropole. Traînées de condensation dans le ciel serein, effondrement économique. La solitude et le confinement. L’appartement c’est politique, le teint livide et t’es baisé. Tu respires t’es baisé. La peur, tu es baisé. Victime promise au sacrifice, avec une sonde dans la trachée. Et l’évidence que ce vécu. Magie de la rime et l’aile de l’ange, temps dispersé brut de langage. Voie de la science et la menace, conjuration et chloroquine. Les costumes sombres des porteurs de cercueils, bordés d’abîme. L’Enfer de Dante en DVD, Macron vomit à L’Élysée.

Publié dans Cockpit #7, décembre 2020


LA CASSE ET LA LETTRE

Un corps fasciste, un homme quelconque. Vachement bien lancé dans des circonstances éternelles, sérieux comme un mythe fondateur, raide comme une sentinelle. Qui se suspend par les pieds à des barres de traction. Lézards séchés en pendentif, chargé au Captagon. Totalitaire. Un squelette qui porte le maillot des Gunners, crispe les doigts sur son fémur. Des enquêteurs qui épluchent des rapports balistiques, des crânes de mammouths accrochés sur les murs. Cérémonies secrètes, stratégies de pouvoir, forces barbares, jungle au carré. Hermès. Des mecs qui soudent des mitrailleuses sur des pick-ups, un gourou du capitalisme avancé pris d’une sorte de transe. Un psychopathe qui refait son make-up et l’angoisse du vigile, devant le supermarché. Temps autrefois vécus, quelques faussaires dealers de sacs. Vuitton. Des statues de vendeurs de Kebab, les grandes toiles à paillettes de Robert Malaval. Un raccord maquillage, mon exemplaire de Rose Poussière. Écho lointain d’une vague d’émeutes, bagnoles cramées dans les cités. Belles comme de l’art contemporain. Mythologie de la France, un épisode de Walking Dead. Un plan séquence, une vanité. Les anges rebelles en Premier League, le prénom du Messi c’est Lionel. Contrôle de balle gilets pare-balles, chambre Deluxe hôtel Meurice. Martèlement des tambours, les flammes qui dansent. Une pluie d’étoiles, la vie future. La nuit est bleue comme un Matisse. 

Publié dans Cockpit #8, janvier 2021


SYNTAXE ET LATEX

Présent qui s’éternise, Ava Gardner fait du shopping. Son smartphone dans une main, elle dit putain j’ai plus de batterie. Névroses consuméristes, et elle achète un jean. Un masque Jean-Paul Gaultier, une robe tissée avec des chaînes. Jour blanc. De la musique avant toute chose, l’art poétique c’est du Verlaine. Opéra sous acide, j’erre en Prada dans les parkings. Désaffectés. Je fais des pipes dans les émeutes, je lis du Goethe je vote Modem. Néant nassé la tête au ventre, je mords ma langue chez H&M. Le ciel d’un gris livide, et une maîtresse en porte-jarretelles. Donne des coups de pied à son soumis, qui rampe sur la moquette. Comment elle le fouette ce fils de pute. Un sociopathe en salle de shoot, c’est No limit chez Marc Dorcel. Satan l’œil de côté, je veux niquer dans du sang. Pratiques récréatives, des filles dans le jacuzzi. Et toi tu danses au bout d’une laisse. L’absurdité acquise comme une évidence, y’a Dieu là-haut qui pointe la Terre : pénitence, pénitence, pénitence. Plaisir formel, clarté glaciale. Le syndrome de Stendhal, Les Trois Bougies de Marc Chargall. Le chien de Pierre Huyghe à la patte rose, lévrier blanc qui passe. Une vérité qui se déplace, écrit Vila-Matas. Ce qui s’expose corps dans l’espace, Espèces d’espaces. Les têtes de mort de Murakami sur les murs de la galerie Perrotin, une assistante qui fait une crise. D’épilepsie. Le chien gardien des Enfers, je pouvais voir son ombre. Viens mon ange n’aie pas peur, entre ici dans mon Paradis.

Publié dans Cockpit #9, février 2021


LE VERBE ET LA CHAIR

Péripéties d’Ulysse, preneur de Troie. Un chant s’élève, soleils lavés. Le bouquet satellite, après l’Iliade et l’Odyssée. J’aime tous les hommes qui plongent, une brune piquante suce un hardeur bronzé. Éjac faciale, la mort qui rôde. Dans 2000 ans que reste-t-il ? De rares vestiges, les temps anciens. Les dieux pulvérisés, la puissance des empires. Objets fétiches, musées virtuels. Un ballon de la Coupe du Monde de football 1998 signé par Zinédine Zidane. Une percée architecturale de Gordon Matta-Clark, un piano peint de Bertrand Lavier. Cassé. Un comprimé de Doliprane parce que j’ai mal au dos. Playlist de Black Metal, le martèlement des riffs. Des foules compactes et des légions sauvages. Des villes saintes, des cités disparues. Des langues nouvelles. Une soirée dans l’espace, le clone de Thomas Bangalter. Privatise le rooftop d’une navette affrétée par Chanel. Un trip spatial psychédélique, et des mannequins sur le podium. Casqués. La fashion week et l’art antique. Guy-Manuel de Homem-Christo fume un Montecristo, et Apollon envoie la peste. Figures drapées, des corps sauvages. Terreurs funestes. Offrandes rituelles, des fruits étranges. Un homme à tête de chien, penché sur sa béquille. Des fins ultimes, une pandémie. Des substances illicites, des agents infectieux. Des sarcophages envoyés sur la lune. D’obscures révoltes, porter ses masques. C’est quoi, le niveau normal de réel ? Le mur de Planck l’instant zéro, et Kylian Mbappé, en couverture de Numéro. Siècles obscurs, état des lieux. Une femme vaguement défoncée qui lèche les emballages de produits alimentaires dans un hypermarché, et qui se pisse dessus. Toi tu prends la lumière, comme une photo de Juergen Teller.

Publié dans Cockpit #11, avril 2021


UN PASSÉ SIMPLE

Vierge rouge du Titien, dynamique ascendante. Approche verticale du système de jeu, la preuve qu’il y a un ciel. Attrait mystérieux pour ce que le hasard fait avec les nuages, un ensemble qui demeure invisible. Les lois qui régissent l’Univers, et l’événement le plus banal. Guillaume Dustan : ben là je filme la porte, c’est pour montrer que c’est très joli. Et normalement ça fait pleurer. Développements libres la vie rêvée, l’avoir lieu et le presque tout. Le mot bleu de Bertrand Lavier, écrit en néon vert. Et le mot vert, en néon bleu. Une essentielle incertitude. Béatrice Dalle filmée par David Sims, et c’est en noir et blanc. Collection FALL pour Saint Laurent, par Anthony Vaccarello. Tension métaphysique, ce qu’on entend c’est le Requiem. De Mozart. Béatrice pleure, je bois une Tsingtao. L’actrice s’effondre, je me branle dans du foie de veau. Étoiles scintillantes sur la flamme, épiphanies d’instants perdus. Et ses yeux chavirés. Destination certaine, l’origine du virus. Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies, contaminés donner un nom. De la Covid, encore de la Covid. Spoutnik et Pfizer, le fracas d’un orage. Poumons radiographiés, entrer dans l’agonie. Attente fiévreuse, un diagnostic. Tourments d’une existence réelle, une expérience totale. Nuée de signes qui ne tendent vers rien, notes parasites, l’existence vide ou à peu près. Du fond du naufrage, la parole intérieure. Longtemps de bonne heure, panoramique sur l’horizon. Contes fantastiques, des nénuphars dans la piscine. De Claude Monet. Paysages d’eau, toujours de la Covid. Et les sculptures de Valentin Carron. Formes vernaculaires, successions ordonnées. Brûlante affirmation d’humanité, faire la liste des courses. Odyssée fantastique, et ce furent les étés. Boire un verre en terrasse, une jolie femme qui passe. Ces mots biffés par Marcel Proust, c’est dans les 75 feuillets. Le texte que je lis, va vers sa conclusion. Le mouvement accompli, éluder toute présence. Et penser : jusque-là.

Publié dans Cockpit #14, septembre 2021 – sous le titre Une fantaisie épique et sous une forme différente (avec Nietzsche et une masseuse) 


LINGUISTIQUE ASSOCIÉS

Ici comme ailleurs. Célébrations fastueuses, unités syntaxiques. Ce qui est partout communiqué. Débordements soudains, irréductibles à un discours. Un coach sportif désespéré, soumis à l’enchaînement des causes. Qui donne des cours dans des palais en ruine. La fuite du temps par Urs Fischer, et les anges noirs dans la poussière. Singularité féconde, contre l’empire de la nécessité. Que ta volonté soit faite, vibrant hommage au fist-fucking. Frappe sans contrôle. Obligation de recevoir le ballon dos au but et de marquer sur le retournement. Achète. L’art livré dans des boîtes en carton, pour 200 balles t’as un Buren. Préservatifs Jenny Holzer, de Shit.Must.Stop (1968) à Much.More.Shit (2021). Écoute. The Paper Bride c’est Poni Hoax, Nicolas Ker fait un crash-test. Pas d’autre idée du monde. Baudelaire sur un T-Max, Rimbaud perché tout son espace. Prêtresses baroques soirée Gucci, spot de mythos PassNavigo. Mousseline à clous signes anciens. T-shirt à motif crâne, Pierre Paul Rubens au musée du Prado. Le démon vaincu par l’épée, un vieillard nu qui tremble au lit. Voilà. Totems, croyances et kit mains-libres. Payer les factures et la main des Enfers. Ce qui advient par le verbe, faire des selfies avec les morts. Défoncé à Barbès, perdu au Grand Hôtel. Médiation de la forme, corrosion en motifs. N’importe quelle merde de Disney Channel et les jambes nues de Naomi Campbell. Mascara waterproof et elle se rase la touffe. Dressings déconfinés, les rimes les plus pourries. Maillot Kawasaki, de funèbres affects. Des soutiens-gorge en strass, ta mère à la ramasse. Quoi ? Je m’en bats les couilles de ta story, je mate du porno dans un taxi. Épopée inactuelle, le canal historique. L’éternité ne change, vitalité divine. Giotto ça me rend chrétien. Pour héritage nulle décadence, une robe de viande une seule image. Le vers s’efface et j’ai mille ans.


REPENTIRS ET AJOUTS

Les Tétines Noires je suis la terre, Les 12 têtes mortes c’est à l’eau forte. Acide nitrique morsure directe. Fauvisme et Pense-bête, virus et roquettes. Chlorure ferrique et j’ai la trique, sang tête ni but je suis ta pute. Regard qui ne voit rien, Samuel Beckett imaginez. Un jour ne suffit pas, pareil aux autres allons-nous en. On ne peut pas. Tirs de mortier des rages soudaines, un mercenaire la chair humaine. Hélicoptère Apache, acquisition de cible. Missiles air-sol tire et oublie. Il rase tout un quartier et il s’arrache. Une performance glaciale, c’est un être agité. Cette chose qui monte en lui, le texte qui s’efface. Toute destruction, des traces à peine visibles. Menace fantôme. Un hacker asthmatique, la pensée catholique. Debout sur son clavier, pirate le Vatican. Toux sèche. Cheveux peroxydés, cybersécurité. Le Seigneur à la dérive, 2.0 ce qui arrive. La messe entière le sacrifice, l’épidémie courroux divin. Liturgie du vaccin, le messager c’est l’ARN. La Bonne Nouvelle c’est BioNTech, l’état d’urgence est sanitaire. Et la Passion sécuritaire. Anti Covid et QR code, variant Delta la lumière grise. L’ennui et le ralentissement, l’apparition de la page blanche. Tout acte créateur, localiser l’abîme. Qu’est-ce que je peux faire ? Tu te démerdes. Ton existence je sais pas quoi faire. Accélérée par le jump cut, une scène de baise dans un jardin. À la française. Égo trip c’est ton corps, et la peinture des morts. Une biographie ta pierrre tombale, une pluie battante vaincre le mal. L’homme et son théâtre, et c’est ainsi peut-être. La Warzone du Hellfest, l’incarnation du Fils. Son visage blême. Les cerisiers de Damien Hirst, le Double Fist de Mapplethorpe. Anal et lubrifié. L’axe de symétrie, deux mains dans le cul la veine aorte. Le sang pompé par le cœur, ce qu’il y a de vif en toi. Respire.


LA PAROLE EN EXCÈS

Faire-part de deuil, ce qui a disparu. Les traces de l’ancien monde, dans le silence des musées. Les rideaux de perles de Félix Gonzalez-Torres, que plus rien n’animait. Personne pour en franchir les seuils, plus aucune vibration. Ce qui engendre des passages, la déchirure des foules. De noirs silences, au terme du voyage. Des tableaux sur les murs, rendus à la poussière. Alexander McQueen dans les pages de Vanity Fair, ses pieds vivants sur le sol de l’Enfer. Grammaire visuelle, une robe longue en chiffon. Dégradé de bleu asymétrique, la Divine Comédie. L’Amour qui meut le soleil et les étoiles, au centre de toute vie. Une collection d’extraits de parfum, flacon créé par Frank Gehry. Cascade de fleurs, sensation de lumière, plongée interactive des sens. Une approche singulière de la déconstruction, dire les mots donc encore. Fashion-week de Milan, bande-son du défilé Prada. Tracks inédits de Plastikman. Rythmes hypnotiques et syncopés, mains gantées des mannequins. Présences tapies dans l’ombre, une garde-robe post-pandémie. Élégance radicale, traverser des pièces vides. Danser dans la couleur et sur d’épais tapis. Vivre dans l’inhabité, comme un cercle idéal. Surface redistribuée. La figure du héros, l’énergie du langage. Quels moyens mettre en œuvre, la pente du thématique. Les discours dominants, des objets polémiques. Des enjeux politiques. Les Dieux ne parlent pas, je cite Nicolas Ker. Mais comment les entendre ? Fièvre constante, jugement contre les hommes. Récurrence du motif, où étais-tu quand j’ai fondé la terre ? Charges du procureur, potentiel dramatique. Les minutes du procès, les pages blanches d’un cahier. Le vers poétique français, des odeurs de cadavre. Une violence singulière. Une actrice fatiguée qui boit des verres sur le toit-terrasse du Montana. Cheveux blonds cramés, visage inexpressif. Elle allume une Dunhill, fait claquer son Zippo. Elle dit j’ai vécu le désespoir amoureux, le fétichisme sexuel et la monogamie. Et j’ai connu l’ennui. Séquence rythmique des battements de son cœur, que va-t-il se passer ? Mouvement de caméra, subir l’épreuve du temps. Soleil couchant, quelqu’un l’appelle. Allô ?


UNE FANTAISIE ÉPIQUE

Unité retrouvée, le récit en puissance. Statues antiques décapitées, assignation à résidence. Les dimensions de la cellule et la hauteur des murs. Des points de deal, la guerre des stups. Coup de feu qui claque, un garçon qui s’écroule. Une balle dans la tête c’est cash, les gyrophares éclairent par flashes, toute la scénographie. Effets psychoactifs, rue du Faubourd Saint-Denis. Couleurs qui clashent. Des mecs qui vivent dans leur bagnole, des odeurs de charogne. Fouillent les bennes des supermarchés, se nourrissent de produits périmés. Désinfection des conteneurs, monographie à l’eau de javel. L’angoisse d’une effrayante normalité, la raison pour laquelle. Pline l’Ancien chez Jeannette, un beat de rap dans une audi R8. Pensées morbides, je chante aussi. Faune interlope je suis une lope, Pieter Brueghel bouffe un kebab. L’enfer c’est dans le bas du tableau, la pluie réelle c’est sur Paris. Dépouilles vidées de leur squelette, qui gisent sur la chaussée. Sculptures sociales, l’œil du pouvoir. Une infection qui traîne, des révoltes qui grondent. Les tropismes habituels, le regard domestiqué. Seul le toucher la main posée rapproche à toucher le tangible. Puissances de libération, mutualité des phénomènes. Résidus de chiotte hypermoderne, protocoles de mutilation. Incisions cutanées, pulsions incontrôlées. L’individu en marge, dépôt de la fiction. Je suis Patricia Arquette, je suis Renee Madison la brune glaciale de Lost Highway. Je suis la blonde explosive, l’actrice porno je suis furtive. Je suis la mariée de la nuit de Quentin Tarantino, le sabre forgé par Hattori Hanzo. Tombée des corps, Uma Thurmann c’est la Kiddo. Kick Ass Baby, Call Of Duty jeux vidéos. Blackstar Bowie comme un écho. L’obscurité je vois, le souffle court, le temps qu’il fait. Ce que j’entends, voix qui s’affolent. Mon horoscope dans le Parisien, le futur est servi. Cancer 21 juin, faut que je parle à quelqu’un. Gouverné par Mercure. Vérité attendue, je ne veux plus de pensée. Dormir, peut-être. Mater le premier Rambo, déchiré à la colle. Les yeux fermés, merci Rimbaud.


CÉSURES ET SYNCOPES

Cafard Cyborg qui court sur le plancher, le long d’une plinthe. Équipé d’une batterie alimentée par son propre fluide corporel, et muni d’une micro caméra. Système d’information, reconnaissance faciale. Intelligence artificielle, comportement des citoyens. Notés. Qui se donnent aux GAFA, c’est une même dynamique. Crédit social individuel, collecte des données. Exponentielle. Limite extrême du déchirement, le poids de ce qu’il faut consentir. Pénalités, valeurs actuelles. Stratégies de résistance, le vide réalisé. Antoine d’Agata en slip debout le long d’une voie ferrée, et qui rafale un TGV. Qui passe. Pas d’esprit pur ni de bien en soi, le ciel soudain fermé. L’individu interpellé, les données du récit. Fusil d’assaut et mode d’emploi. Chaos rampant, toute trace d’humanité. Squelette de mains et avant-bras en bois de cerf sculpté, des menottes aux poignets. Champ sémantique idéologique, réalité conquérante du verbe. Le disparaître, et la résolution finale. Je suis le garçon possesseur du don de se rendre invisible, écrit Joyce dans Ulysse. Unité de l’œuvre, qui a pour centre sa possibilité. Dépouiller l’œuvre, le point aveugle. L’indice du PIB, des camisoles chimiques. Prescriptions de neuroleptiques, jets de gaz lacrymogènes. Des rires féroces, des vomissements chroniques. La fureur populaire, l’actualité en continu. Nous tous ici frapper soudain, la théorie du ruissellement. Foules de manifestants, civières ensanglantées. Une fliquette en robe bleue électrique qui fait une pipe à un go-go dancer, sur les Champs-Élysées. Brève scène après laquelle je vais pisser. Dessin d’Andrea Mantegna, territoires dégradés. Un sous-préfet en combinaison stérile qui visite un commissariat. Des dépôts de plaintes, des rapports de police. Le périmètre de l’autorité, l’obscénité des orifices. Haleines fétides, lèvres du gouffre. Tampons ensanglantés, actions de guérilla. S’achever dans le coma, évanouissement lucide. Short argenté sur les chevilles.


TERMES DE L’ÉNONCÉ 

Soleil tout feu, chaque jour qui passe. Dépressions estivales, voix qui s’élèvent des plages. Menaces de contamination, et les fleurs de l’été. L’immense chantier de vivre, remettre une couche de masques. Le schéma vaccinal, la première injection. Pass sanitaire, Baigneuse couchée au bord de la mer. Des vagues nerveuses, un pack de bière. La tête dans l’eau, à même l’image. Une vacance vive, le soir venu. Dîner à Cannes au café Brun. Pulsions sensibles et sauce piquante, piments oiseau j’ai donc pensé. Virus et lógos. Plastique et pathos. Identification médiatique de la maladie, des syndromes de détresse. Flux continu, je fixe une ampoule nue. Théologie du coronavirus, posez les mains sur le téléviseur. Séance de guérison, cercles évangéliques. Expulser le démon, est entré dans nos vies. Ambiances surexposées, des machines carcérales. L’empreinte de nos activités. Amours épileptiques, missions en intérim. Futur prochain présent, lumière couleur de gaze. Une attachée de presse en baskets veganes et string biodégradable qui se rend à l’hôpital. Frissons et céphalées, poussée de fièvre et peur panique. Orage inflammatoire, compression thoracique. Expérience immersive, des solutions cliniques. Et des tableaux vivants. Un match de boxe dans un club de strip-tease, c’est signé Anne Imhof. Et l’imminence d’une catastrophe. Un fétichiste du latex en combinaison médicale qui brûle des cierges dans une église, et une poupée en silicone achetée sur Amazon. À l’effigie de Lady Di. Des aides-soignants qui torchent des culs dans les Ehpad, vêtus de sacs-poubelles. Lunes pâles. Mythologies complexes, miroir de cendres et memento mori. Ici tu vas plus loin. L’être exposé contraintes sociales, jusqu’au final ta pierre tombale. La respiration qui retourne à Dieu, c’est Antonin Artaud. L’animal poétique, c’est son dernier tableau. Mener un corps la pompe funèbre, et l’écrivain dans son cercueil. Habillé par Fendi. Un suaire en fripes superposées, des mocassins en cuir vernis. Vas-y Mômo.


PLUS-QUE-PARFAIT (DE L’INDICATIF)

Toute volonté de fixation, un plan plongé de Gaspard Noé. Vortex. Fin de vie. Vieillards séniles c’est Alzheimer, La vie est belle spasmes mortels. Chant de l’enfance. Effet de sens, continuité formelle. Podium. Un mannequin qui avance, s’arrête devant les photographes. Mode sombre et néo-punk, la silhouette culte de la Converse. Revue par Rick Owens. Lecture. Un héritage, de rares dialogues. Un fils de pute qui transporte partout avec lui le cadavre de son père dans un putain de cercueil en chêne et ça lui casse le dos. Viande froide. Ordre absolu et cœurs glacés, un vaste choix de vibromasseurs. Et le service des urgences, à la Pitié Salpêtrière. Combats. Le lobbie d’un hôtel, une réunion virtuelle. Villes nues et à distance, bientôt une nuit nouvelle. Cosmos. Proxima du centaure, toutes sortes d’acrobaties. Naine rouge. Tu fais quoi, aujourd’hui ? Je défonce ma thune dans les boutiques, et je me branle en Martinique. Asphyxie érotique, je suis pendu à une poignée. De porte. Électro sombre et obsédante, Homère se fait sucer par une escorte. Tout un lexique course d’Achille, ses sneakers Dior un vaste chant. Paris est sous acide, et l’air que tu respires. Particules fines, un Booster Shot. De la coke coupée au fentanyl. Opioïde synthétique, explorations urbaines. Couture nomade, un magnum de champagne. Des manteaux militaires, des robes-bustiers sado-maso. Smokings-tuniques et porte-jarretelles, un pardessus en peau de serpent. Demain. Une Théorie de l’acquisition des biens, l’éternité si tu as faim. Baiser encore comment peut-on, aimer la mort. Théâtre funèbre, questions cruciales vite oubliées. Un mec qui grimpe à l’échelle de Jacob, le trou laissé au ciel. Le sens de la révolte, j’ai un bon plan pour me faire chier. Stendhal, en composant La Chartreuse et pour prendre le ton, lit chaque matin deux ou trois pages du Code civil. La durée de chaque danse, le sillage post-moderne. Des points de croissance, la présence d’un vigile. La montée en puissance d’une folie sanguinaire et schizoïde mais qui, dans une certaine mesure, reste contenue et cadrée. Chaque heure, plus tard, combien de temps encore ? Bois ton sang rouge encore, épitaphe à présent. Oublier, faire silence — Cézanne, mais aussi Bob Morris. Applaudissons la lune montante, le vent léger qui souffle sur la phrase. J’avais été.